Lettre ouverte à Christian Coail, président du conseil départemental des Côtes d’Armor

Monsieur Coail,

Nous avons pris connaissance de l’entretien accordé à Ouest France, paru ce 22 septembre. Nous sommes une nouvelle fois choqués par vos propos, démontrant s’il le fallait encore la vision toute particulière que vous vous faites des pratiques démocratiques.
Rappelons tout d’abord que vous avez été élu en 2021 par 28 % des inscrits sur les listes électorales, face à un binôme du rassemblement national. Sachant cela, on pourrait s’attendre à plus d’humilité de votre part. Rappelons également la conclusion du programme pour lequel vous avez été élu : « Notre volonté est d’associer partout et toujours les habitant.es, sur tous les sujets, afin qu’ils soient à l’initiative de projets, de solutions, forte de l’intelligence collective qu’ils sauront mobiliser ensemble […] Les assemblées ont souvent décidé des solutions à apporter aux habitant.nes sans se préoccuper de leur avis. Nous voulons changer complètement la donne en allant à leur rencontre, dans tout le territoire, dans tous les cantons, pour connaître leurs aspirations, leurs envies et leur vision du monde. La démocratie sociale sera aussi consolidée ».
Vous vous posez dans Ouest France comme un homme de dialogue, allant jusqu’à compter le nombre d’échange avec Olivier Allain, maire de Corlay : 7. Il nous semble utile de préciser ici la teneur de ces échanges, commençant le 23 mai par un appel annonçant la décision irrévocable de fermeture du collège, incluant également vos SMS et appels de plainte quant aux messages que vous ont envoyé des habitant.e.s du territoire pour vous demander de répondre à notre invitation, à propos desquels vous vous comparez au maire de Saint Brévin-les-Pins (rappelons que ce dernier avait été victime de multiples menaces, notamment de mort, de la part de l’extrême-droite, et de l’incendie criminel de son domicile). Bien peu de place donc pour un quelconque dialogue autour du devenir du collège de Corlay. Vous dites avoir reçu deux délégations d’habitants. Laisser parler les gens sans aucune intention de revenir sur un quelconque point d’une décision prise dans leur dos n’est en rien un dialogue. Vous dites nous avoir laissé la parole le 3 juillet : vous nous avez accordé 5 minutes, dans une journée de plus de 8 heures de session, regardant avec insistance votre montre lorsque nous avons dépassé le temps imparti. Avant de laisser parler longuement le DASEN (éducation nationale) invité par vous à faire un rapport à charge contre le collège. Rien de tout cela ne s’apparente ne serait-ce que de très loin à une concertation. Pour conclure sur ce thème, les différents maires du secteur ont été contactés par les services du département pour des réunions concernant la carte scolaire au mois d’octobre. Cela vous permettra encore une fois de prétendre dialoguer, quand nous savons pertinemment que les conclusions de ces réunions sont déjà écrites, il s’agit du dépeçage de la carte scolaire de Corlay, que vous espérez faire acter en essayant de les rencontrer un à un plutôt que collectivement.

Vous dites que vous suivez les préconisations du rapport de la cour des comptes régionale, qui propose la fermeture d’un ou des deux collèges de Corlay et Saint-Nicolas. Vous oubliez la suite de la préconisation : une construction neuve à 8 ou 10 millions d’euros ne serait pas sérieuse en dessous d’un effectif stable de 150 élèves minimum. Vous savez parfaitement qu’en fermant Corlay, vous ne dépasserez que péniblement les 120 élèves à Saint-Nicolas. Vous laissez entendre que les familles valident votre projet : 10 élèves de moins à Corlay en cette rentrée, 15 de plus à Saint Nicolas. Vous présentez ces chiffres en sous-entendant que les élèves sont déjà passés de l’un à l’autre, alors que vous savez parfaitement ou sont passés les élèves perdus de Corlay : dans les établissements catholiques de Quintin et Guerlédan, et quoi de surprenant à cela quand les dossiers d’inscription ont été distribués le jour même de l’annonce de fermeture du collège dans un an. Les élèves en plus de Saint Nicolas sont ceux de Saint- Nicolas : la totalité des 19 CM2 de l’école primaire a rejoint le collège, quand ils n’étaient que la moitié l’an dernier. Mais combien des 7 élèves de CP, 3 de grande section, 8 de moyenne section et 6 de petite section de cette rentrée 2023 rejoindront l’unique classe de 6ème que comptera le collège neuf aux rentrées 2028, 2029, 2030 et 2031 ?

En conclusions, nous réitérons notre demande, toujours la même : sortir de la fuite en avant (il se murmure dans le pays que l’objectif serait maintenant de mettre en chantier le collège neuf de Saint Nicolas en 2024, alors qu’il n’y a à ce jour pas le début d’un plan ni d’un projet). Et reprendre les choses comme elles auraient dû se faire, par une réflexion concertant tous les acteurs concernés et se donnant le temps nécessaire, un minimum de 4 à 5 ans à l’issue desquels pourra sortir un projet accepté par les premiers concernés, et faisant honneur à la démocratie.

Veuillez agréer, Monsieur le président, nos salutations distinguées

Le conseil d’administration de l’association Maintien du Collège de Corlay, Pour une Ruralité vivante